Désintoxication de Noël – 22 décembre

 

Francis a de la difficulté à ouvrir les yeux ce matin. Le scotch a bien accompagné sa soirée, ainsi que celle de son frère. Par le fait même, il se heurte sur son frère lorsqu’il tente de sortir du lit. Quand ils ont entendu du bruit venant de chez monsieur Côté, ils ont décidé d’aller l’épier de plus près et se sont enfermés à l’extérieur par mégarde. Ils ont dû monter le long de la gouttière pour se rendre jusqu’à la fenêtre de la chambre d’amis. Rendu là, le frère de Francis avait trop de difficulté à s’articuler pour retourner auprès de sa femme.

Ils descendent tous les deux à la cuisine, les yeux à moitié fermés à cause de la luminosité extérieure. Kevin observe son père et sourit. Les autres ignorent les deux éméchés, car ils sont tous concentrés sur les plans de la journée.

– Dépêchez-vous, nous partons pour Burlington, affirme le père de Diane.

– Burlington? répète Francis. Je ne peux pas prendre l’avion et tous mes comptes sont gelés.

– L’enquêteur a dit que tu ne pouvais pas sortir du pays. Burlington fait partie des États-Unis, donc tu n’enfreins aucune règle.

– Et pour l’argent?

– Ce sera votre cadeau de Noël. Pour une fois que mon argent servira à une bonne cause.

Francis demeure bouche bée. Un peu d’aventure lui fera le plus grand bien et d’ailleurs, surprendre sa femme lui donnera une certaine satisfaction. Un sourire commence à se dessiner sur son visage et déjà les scénarios déambulent dans son esprit.

– Lequel de nous tous demeurera à la maison? s’informe Francis.

– Personne ne restera ici, répond le père de Francis. Cette année, nous passons les vacances de Noël à Burlington.

– Tout est réservé, renchérit la mère de Diane. Quatre chambres, piscine, spa et massages. Pas question de perdre notre temps à tourner en rond et à se piler sur les pieds.

– Et personne ne fera les repas, nous irons tous les jours au restaurant, conclut la mère de Francis.

Francis se dépêche d’aller faire sa valise, suivi de Danièle et Kevin. Il entre dans sa chambre après avoir enlevé le ruban jaune sur la porte, lorsqu’un frisson lui passe à travers le corps. Le lit est défait, il y a des gouttes de sang sur le tapis, le trou au mur et sa valise brisée par terre. Ce n’est pas le temps de ramasser, il saute sous la douche, trouve une autre valise et l’emplit de vêtements, le sourire aux lèvres. Il aura enfin du temps pour faire le bilan de son année lorsqu’il sera dans le Vermont.

Les voitures de taxi attendent devant la porte. Toute la famille sort, leur valise roulant derrière eux. On peut apercevoir les rideaux des maisons voisines entrouverts . Des curieux qui se demande certainement ce qu’il se passe et pourquoi tout le monde quitte cette maison.

– Papa je tiens à te remercier, affirme Francis avant d’embarquer dans la voiture. Je crois que ce sera le plus beau Noël de mes enfants… et le mien.

– Nous n’osions pas te l’avouer, mais nous sentions que c’était un fardeau pour toi de nous accueillir tous les ans.

– Et moi qui croyais faire plaisir à toute la famille.

– Lorsque tu ressens le besoin de te sauver au Mexique seul une semaine pour recharger tes batteries, c’est là que tu devrais te poser la question : pourquoi est-ce un si grand fardeau chaque année?

Francis prend place dans la voiture avec ses enfants et demeure silencieux tout le trajet, jusqu’à l’aéroport. Ses émotions sont entremêlées de joie et d’amertume. Si Diane se trouve bel et bien à Burlington, il est incapable de prévoir sa réaction. Lui fera-t-il une scène ou attendra-t-il son retour à la maison pour avoir une longue discussion avec elle. En réfléchissant, Francis se demande à quand remonte leur dernière discussion sérieuse. Les enfants ont fait cela, n’oublie pas d’acheter du lait, à quelle heure rentres-tu? C’est tout ce qu’ils se disent. Jamais il n’a demandé à sa femme si elle avait passé une belle journée, si elle avait envie de dîner au restaurant et ensuite aller au cinéma. J’ai perdu ma femme, même si je la retrouve, songe-t-il.

***

Vingt-deux heures, après avoir fait trois escales, la famille arrive enfin à leur hôtel à Burlington. Les enfants ont les yeux grands ouverts. C’est la première fois qu’ils se retrouvent dans un grand hôtel. Ils ont l’habitude de dormir dans de petits motels lorsque Kevin doit se rendre à des tournois régionaux de hockey, mais son père ne suit jamais.

Francis est anxieux. Sa crainte de tomber nez à nez avec sa femme le rend plus agité. Aussitôt sa valise défaite, il se rend au petit bar pour prendre un verre tandis que ses enfants profitent de la piscine. Son frère et son père sont déjà là à  l’attendre.

– Vous êtes rapides! s’exclame Francis. Vous saviez que je viendrais ici.

– On s’est dit que l’on profiterait du moment présent. Cela fait plus de vingt ans que je ne me suis pas retrouvé seul avec mes deux fils.

– Alors, buvons à ce moment présent, affirme Jack, le frère de Francis, car demain sera un autre jour, termine-t-il avec un sourire sarcastique.

Suite le 23 décembre…

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