Désintoxication de Noël – 21 décembre

Francis ouvre les yeux et prend le temps d’inspirer profondément. Il tend l’oreille, car un bruit se fait entendre. Sans perdre de temps, il se fait rouler hors du lit pour rejoindre la famille à la cuisine. Une fraîche odeur de café ainsi qu’une table bondée de gens qu’il aime le fait sourire et lui donne le ton de sa journée.

– Avez-vous bien dormi? demande-t-il en s’adressant à sa mère et sa belle-mère.

– Oui et je dois te parler, car mon mari et moi savons probablement où est Diane, affirme sa belle-mère.

Le sourire de Francis se dissipe immédiatement. Déçu de sa réaction, il se reprend et tente de démontrer un peu plus d’intérêt. Ces derniers jours, sans la présence de Diane, la vie lui a parue plus facile. Sa relation avec ses enfants s’est améliorée et il s’est senti revivre. Il a honte de l’avouer.

– C’est une bonne nouvelle, comment le savez-vous?

– Nous avons discuté longuement hier soir lorsque nous étions au lit et nous nous sommes souvenus que notre fille a vécu une grande peine d’amour lorsqu’elle avait vingt-cinq ans, un peu avant de te rencontrer. Cet homme vivait à Burlington.

– Et vous croyez qu’elle est là-bas? demande-t-il, inquiet.

– Tu pourrais vérifier auprès de l’enquêteur aujourd’hui.

Francis prend le temps de savourer son petit déjeuner en compagnie de toute la famille. Il observe attentivement tous les gens et constate que c’est la première fois qu’il a du plaisir à cette table. Personne ne semble vouloir se hâter à rencontrer l’enquêteur et personne ne semble préoccupé qu’il n’y ait aucun cadeau sous l’arbre de Noël. Chaque année, les cadeaux émergent et il n’y en a jamais assez. Des jeux vidéo, une planche à roulettes, du vernis à ongles, des cartes-cadeaux, des bijoux, etc. Il en coûte habituellement trois mille dollars chaque Noël pour que la famille soit heureuse. Sans parler de la vaisselle de Noël, les verres de Noël, les nappes de Noël, les porte-serviettes de la même couleur que les verres de Noël et pas question de sortir au restaurant, c’est Diane qui cuisinait tous les plats.

– Je suis désolé de devoir terminer ce petit déjeuner, mais je dois aller rencontrer l’enquêteur.

– Nous venons avec toi, affirme son beau-père.

Il n’y a pas que les beaux-parents qui accompagnent Francis, la famille entière suit en camionnette de taxi. Arrivé au poste de police, Francis est surpris de voir monsieur Côté s’entretenir avec l’enquêteur.

– Bonjour voisin, je me suis dit que vous aimeriez en savoir davantage sur le nouveau travail de Diane et je ne voulais pas vous embêter donc je suis venu faire un suivi pour l’ajouter au dossier.

Francis fait un bond en arrière. Il a oublié de se renseigner à la boutique de fleurs à savoir s’il est vrai qu’elle n’y travaille plus depuis un an.

– Je vous remercie, Monsieur Côté, affirme Francis par politesse.

L’enquêteur fixe Francis et sourit.

– À titre informatif, nous allons le suivre de près. Nous croyons qu’il nous cache des informations, chuchote l’enquêteur.

– Pourtant, il en connaît beaucoup plus que moi sur ma femme.

– C’est justement pour cette raison que nous avons des soupçons sur lui. Une personne qui veut trop aider a souvent quelque chose à cacher.

Francis et sa famille discutent des heures avec l’enquêteur, puis Francis continue son chemin seul pour se rendre à la boutique de fleurs. Il revient quelques heures plus tard, encore plus perplexe. Diane n’a jamais travaillé dans cette boutique. Ils connaissent sa femme, car elle était une très bonne cliente, mais jamais elle n’a travaillé là-bas. Francis observe encore une fois la famille qui s’amuse avec des jeux de société et ne comprend plus rien à sa vie. Tous les matins et ce, depuis le 15 décembre, il se réveille en espérant que sa vie redevienne comme avant et le soir, il souhaite en silence que sa femme ne revienne jamais.

***

Onze heures, Francis et son frère discutent au salon, un verre de scotch à la main. Ils discutent de leur enfance, leurs études et leur entrée dans le monde des adultes. Francis est conscient que les années les ont séparés et qu’un malaise s’installe entre eux chaque fois qu’ils se rencontrent. La routine, la vie familiale, les obligations rendent les conversations difficiles et conflictuelles. Cette année c’est différent, les deux hommes réussissent à s’entendre et à comprendre leur éloignement.

– Savais-tu que c’est la première année que nous avons du plaisir chez toi?

– Savais-tu que c’est la première année que j’ai du plaisir chez moi?

Francis et son frère éclatent de rire, suivi d’un sentiment de culpabilité d’avoir autant de plaisir, sans Diane. Au même moment, un vacarme se fait entendre chez monsieur Côté. Les deux frères se dépêchent et vont épier le voisin par la fenêtre du côté de la maison. On peut apercevoir monsieur Côté en train de barricader une de ses fenêtres du sous-sol.

Suite le 22 décembre…

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